Je suis fatigué. Et je ne pense pas être le seul.
Fatigué de cette course folle à la nouveauté. Fatigué d’entendre, jour après jour, les mêmes sujets ressassés sur les nouveaux processeurs, les rumeurs de prochains produits Apple, les keynotes décortiquées à la loupe sans qu’on prenne le temps de se poser une seule question essentielle : ça change quoi pour nous, dans la vraie vie ?
L’illusion du progrès
Gravure en 3 nm. Noyaux CPU plus rapides. Caméra retravaillée. Pétaflops par-ci, iBidule par-là. Et au final ?
Dans 99 % des cas, les usages ne changent pas. On ouvre le même navigateur. On tape les mêmes notes. On scroll les mêmes flux. On passe des heures à consommer de l’information qui ne transforme rien, ni notre quotidien, ni notre rapport à la technologie. Ce n’est plus de la veille, c’est de la saturation. Et sachez que l’IA générative vous remplacera beaucoup mieux et beaucoup plus rapidement.
Le piège du contenu jetable
Soyons honnêtes : la majorité des podcasts tech et des chaînes YouTube qui parlent de “l’actualité” ne font que relayer des communiqués ou des articles de journalistes de presse.
Le cycle est toujours le même :
- une rumeur → une analyse
- une annonce → une réaction
- un produit → une vidéo “faut-il l’acheter ?”
Et ça recommence la semaine suivante. Rien ne tient dans le temps. C’est du contenu périssable, emballé comme une évidence.
La technologie doit servir, pas asservir
Moi, je veux autre chose.
Je veux créer: des billets de blog, de la musique, des idées, des projets. Des vidéos utiles, que tu peux regarder aujourd’hui ou dans six mois sans qu’elles soient obsolètes. Je veux que la technologie m’aide à gagner du temps, à simplifier ma vie, à me libérer. Pas à m’obséder avec ce qui vient après. La nouveauté ne vaut rien sans usage.
À mes collègues créateurs : et si on faisait autrement ?
Ce billet est une alerte bienveillante. Un appel à la responsabilité. En tant que créateurs, on a une influence. Et si on continue de nourrir l’accélération permanente, si on cède à la logique de la nouveauté pour la nouveauté, on court tous collectivement vers un mur. Plusieurs podcasts tech deviennent quotidiens. Les émissions sur YouTube se transforment en « Shorts » et « Stories » et sont publiées plusieurs fois par jour. Chaque jour, de “nouvelles” infos. Une tension permanente. Une fatigue croissante. Une incapacité à ralentir.
Et pourtant… Qui en sort grandi ?
Certainement pas le public, en tout cas pas pour longtemps. Certainement pas nous non plus.
Une autre voie est possible : du contenu qui prend le temps
Sur Vulgarisateur Apple et compagnie, depuis 4 ans, je tente autre chose. Pas toujours parfait, non. Mais je m’efforce de proposer des outils, des idées, des usages concrets. Quand je parle d’une app, c’est parce qu’elle peut vous faire gagner du temps. Quand je parle d’un produit, c’est pour vous aider à mieux choisir. Pas pour nourrir le buzz du moment. Je veux croire qu’un autre contenu tech est possible : plus intemporel, plus enraciné dans le réel, plus humain.
Sur Apple Différemment, le podcast que je coanime avec Audrey Couleau, je vais être honnête : le plus simple, c’est de commenter l’actualité. C’est tellement facile que je prépare souvent cette partie quelques minutes avant l’émission. Tu prends un article de The Verge, de MacRumors, ou d’un autre média tech, tu le résumes, tu ajoutes ton grain de sel, et voilà. C’est emballé. Mais faire un vrai dossier, poser un contexte, expliquer aux gens ce que cette nouveauté change dans leur quotidien, là c’est une autre paire de manches. Ça demande de prendre du recul, de croiser les sources, d’anticiper les impacts. Bref, de faire notre job de créateur de contenu.
Et je vous entends déjà :
« Oui mais Mat, t’as déjà fait toi-même des vidéos juste sur l’actualité. »
C’est vrai. Je ne suis pas au-dessus de tout ça. Mais justement, ce billet est un point d’inflexion. Une envie de dire : stop. On peut faire autrement. Arrêtons de copier/coller l’actu. Arrêtons de répéter que le dernier processeur est plus puissant. C’est bon, c’est “fucking” évident. Ce dont les gens ont besoin, c’est de repères, de mise en contexte, d’exemples concrets. Pas d’un énième épisode qui recycle ce que tout le monde a déjà lu.
Trop de formats, trop de routes, trop de bruit
On croit souvent que pour désengorger une route, il suffit de construire plus de voies.
Mais dans les faits, plus on ajoute de routes, plus on attire de véhicules, et plus les bouchons empirent. C’est un cercle vicieux.
Sur Internet, c’est la même chose.
De nouveaux canaux apparaissent sans cesse : X, Mastodon, BlueSky, Discord, Signal, Threads…
Et à ça, on ajoute des formats déclinés à l’infini : stories, vidéos carrées, 9:16, shorts, reels, extraits, extraits d’extraits, etc.
On ne sait plus où donner de la tête. Pire, on dilue notre message.
Et je vous entends encore :
« Il faut être là où est l’auditeur. »
D’accord. Mais à force de vouloir être partout, on finit par ne plus être nulle part. Chaque nouveau format, chaque nouvelle plateforme vient ajouter une couche de distraction supplémentaire. Comment voulez-vous qu’on améliore nos vies respectives si on multiplie inutilement les canaux ?
Le message n’a plus le temps de se poser. L’idée n’a plus l’espace d’exister. Et surtout, ne vous bercez pas de l’illusion des vues et des chiffres. Combien de vrais échanges avez-vous générés avec ces nouveaux formats ? Combien d’idées nouvelles en sont réellement ressorties ?
Restons focus. Un bon message, clair, incarné, utile, vaut mieux qu’un tsunami de contenus qui se perdent dans le vacarme.
Un message pour mes pairs – et au-delà
Je n’écris pas ce billet contre quelqu’un. Je l’écris en pensant à plusieurs amis créateurs, certains très proches, d’autres que je ne connais qu’à travers leurs contenus, mais que je respecte profondément. Ce message ne vise pas à pointer du doigt. Il vise à lancer une réflexion collective, à ouvrir un espace de recul dans un écosystème qui va trop vite.
Et si ce billet vous parle, partagez-le. Ce n’est pas une plainte, c’est une question existentielle pour notre rapport à la tech, à la création, à la diffusion. Car si on décide ensemble de desserrer cette pression constante, on risque de découvrir quelque chose de troublant, mais fondamental : ce qu’on a est déjà très bien. Peut-être même excellent. Il ne nous reste qu’à mieux l’utiliser, à l’explorer pleinement, à en tirer tout ce qu’il peut nous offrir.
Et ça, c’est un progrès qui mérite d’être partagé.
Un appel à ralentir, ensemble
Ce billet n’est pas un jugement. C’est un cri du cœur.
Créateurs, journalistes, podcasteurs, youtubeurs :
- On peut choisir de ralentir.
- On peut choisir de donner du sens à ce qu’on partage.
- On peut choisir de ne pas courir après la dernière fuite ou la dernière keynote.
- On peut prendre le temps d’expliquer, de vulgariser, de contextualiser.
Créer du contenu qui résiste au temps !
Coluche disait un truc du genre :
« Quand on pense qu’il suffirait qu’on arrête d’en acheter pour que ça se vende pas. »
Eh bien moi, je vous propose une alternative pour notre monde numérique :
« Quand on pense qu’il suffirait de consommer moins… pour comprendre plus. »
Mise à jour numéro 1
J’ai reçu plusieurs commentaires concernant cet article, mais je souhaite répondre publiquement à l’un d’eux qui, selon moi, offre une perspective différente de mon texte. Mon ami Mike du podcast Niptech m’a partagé cette citation.
« La seule façon de donner un sens au changement, c’est de plonger dedans, de bouger avec lui, et de rejoindre la danse. »
— Alan Watts
Je lui ai répondu que je ne résiste pas au changement, au contraire : j’essaie de provoquer celui qui compte. Je veux donner une vision qui inspire, qui mobilise. C’est ça, pour moi, le rôle d’un leader : ouvrir une voie. ☺️
Et dans le contexte de mon billet, mon intention est profondément bienveillante. Je veux simplement montrer aux créateurs de contenu tech qu’on peut faire autrement : plus humain, moins automatique, moins “machine à produire de la cochonnerie jetable”.
C’est justement là que se trouve, selon moi, notre vraie valeur ajoutée face aux intelligences artificielles.
Mise à jour numéro 2
Parmi les commentaires, mon ami Guillaume Vendé, animateur d’un podcast sur l’actualité technologique, partage sa réaction à cet article. Il a cependant souligné ce point intéressant :
“Mais j’arrive à me demander si c’est vraiment une réalité que d’avoir toujours plus de contenu et que cela favoriserait toujours plus de la consommation fut-il. Je pense que là, pour le coup, il y a peut-être, j’en sais rien, mais un biais de confirmation et sans doute un lien de causalité qui n’est pas forcément démontré.”
Voici ce que j’ai trouvé pour les podcasts :
| Étude / Source | Résultat Clé |
|---|---|
| Sounds Profitable + Signal Hill Insights | 43% des auditeurs plus susceptibles d’acheter après podcast ; taux de soutien à la marque plus élevé qu’à la TV ou radio |
| Médiamétrie (France) | 70% ont envie d’acheter, 77% se renseignent après une mention dans un podcast |
| IAB / Edison Research | 65% se disent influencés dans leurs décisions d’achat |
| StudioBricks | 54% considèrent plus volontiers une marque découverte via podcast, mémorisation 4x supérieure |
| Nielsen | Les fans de podcasts tech dépensent plus chaque année lorsqu’ils sont exposés à des mentions de produits |
Il semble évident que plus une marque est mentionnée dans nos podcasts, plus cela augmente naturellement les chances qu’elle soit achetée. L’actualité, par sa nature récurrente, joue donc un rôle direct dans cet effet, en renforçant cette présence au fil du temps. Dans le monde tech, les podcasts tels que « Monde Numérique », « Tech Café » et « Apple différemment » encouragent des suivis fidèles et influencent la découverte de nouveaux produits, reliant l’actualité tech à l’augmentation des ventes et par conséquent plus de consommation. Je ne vais pas cesser de faire « Apple différemment » demain, mais je prendrai davantage de recul (j’essaierai, car mon enthousiasme m’égare parfois) lorsque je traiterai de nouveaux produits.
Mise à jour numéro 3
Le Solopreneur durable a également exprimé une opinion suite à la parution de cet article. En effet, il a pris le temps de lire et d’analyser le contenu avant de partager ses réflexions.
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Et oui, tu as bien raison, la course à la technologie n’a rien de pérenne, je suis passé d’un iMac mi-2011 à un Mac mini M4 et franchement le gap était tellement important, que j’ai bien vu la différence. Par contre je change d’iPhone tout les trois/quatre ans pour éviter de trop perdre à la revente et bénéficier des nouveautés proposées qui sont bien plus importantes sur les iPhone que sur les Mac. En ce qui concerne le contenu des autres vulgarisateurs c’est toujours sympa d’apprendre des choses nouvelles. Connaître l’évolution du marché et de la concurrence entre les marques c’est bien aussi, mais c’est malheureusement une course à l’échalote qui risque bien un jour ou l’autre de provoquer sa propre fin plus vite que prévue . Ah ! Merci pour les tutoriels toujours utiles et ton partage sur le monde technologique de la pomme, c’est toujours très appréciable : )
Merci Quentin pour ton commentaire super pertinent !
Tu mets le doigt sur quelque chose d’essentiel : oui, le saut technologique est souvent significatif… mais surtout quand on attend plusieurs années. Le passage d’un iMac 2011 à un Mac mini M4, c’est un vrai bond, tu l’as bien vécu — c’est là que le progrès prend tout son sens.
Avec Audrey, on le dit souvent dans Apple Différemment :
si Apple (et d’autres) sortaient du matériel tous les 4 ans au lieu de chaque année, on verrait vraiment la différence… et on réduirait cette pression de consommation inutile.
Le vrai problème, ce n’est pas l’innovation, c’est son rythme devenu absurde.
Concernant l’iPhone, je comprends ton approche pour la revente, elle est légitime. Mais quand on regarde bien, entre un modèle d’il y a 3 ou 4 ans et un nouveau, les usages ne changent pas fondamentalement. On prend les mêmes photos, on utilise les mêmes apps. Ce sont surtout des détails ou des gains marginaux… qui deviennent visibles surtout en les comparant côte à côte.
Et oui, je suis aussi d’accord avec toi : connaître l’évolution du marché ou des marques, c’est intéressant. Mais à condition que ça nous éclaire, que ça nous aide à mieux choisir ou à comprendre le sens derrière l’innovation. Pas juste pour nourrir la machine à contenu.
Encore merci pour ton retour, c’est typiquement ce genre d’échange qui me fait croire qu’on peut aborder la tech autrement. À bientôt !
Bonjour Mathieu,
Parfaitement d’accord avec ton analyse. Apple, à l’époque , avait décidé d’abandonner les blocs de charge dans les boites d’iPhone. L’entreprise a été raillée de toutes parts mais maintenant que font les autres entreprises ?
Si seulement l’un. De ces géant de la tech prenait enfin le choix de casser ce rythme infernal et de sortir un téléphone tous les 2/3 ans, une tablette tous les 3 ans, un ordinateur tous les 4 ans , etc eh bien nous nous en porterions tous aussi bien !
Et que dire des contenus « jetables » que tu cites et qui encombrent des serveurs et de l’énergie électrique pour au final rien !
Que l’informatique soit incontournable aujourd’hui est un fait, mais à quel prix pour la planète …
Bref merci pour ce billet empreint de bon sens, j’espère que les autres créateurs y réfléchiront …
En tout cas continue sur cette lancée . La preuve que ça marche c’est l’explosion de ton nombre d’abonnés. Comme quoi ta vision est partagée par bon nombre 😉
Merci beaucoup pour ton message, ça me touche vraiment.
Je ne prétends pas avoir raison, mais si on peut au moins amorcer une réflexion collective, alors c’est déjà ça de gagné.
Et oui, je crois profondément qu’on peut faire mieux… en en faisant moins.
Merci pour ton soutien, il donne du sens à ce que je fais 🙏